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Jour de grève et de colère

3 avril 2009

greve-6En arabe aussi, colère et grève sont deux mots consonants (ghadab et idrab). « Jour de colère et de grève « , c’est le nom du mouvement qui est en train de se structurer autour d’un nombre incroyable de luttes dans toute l’Égypte depuis quelques mois.

Ce badge avait échappé à l’équipe de nettoyage du métro ce matin : « 6 Avril 2009, jour de colère et de grève : C’est notre droit et nous le prendrons » (en égyptien). Signé « Les jeunes du 6 avril », c’est à dire ceux qui se revendiquent  de l’appel à la grève générale du 6 avril 2008, lancé par de jeunes gens sur Facebook (voir post de l’an dernier, et texte de l’appel pour comprendre les motivations). Grève générale qui avait été relayée par de nombreuses organisations ouvrières (notamment à Mahalla) et dont la réussite avait surpris beaucoup de monde ; elle avait été suivie d’arrestations -bien sûr-  dont la jeune  Isra Abd El Fattah qui a passé quelques mois à la prison pour femmes de Qanater.

greve-b-6Le blog des « Shabab 6 april » (les jeunes du 6 avril) présente l’état de la mobilisation au jour le jour ; il a une version en anglais. Et l’actualité des luttes qui convergent vers ce 6 avril remplit maintenant chaque jour une à deux pages des quotidiens indépendants . Il y a de quoi donner des sueurs froides à plus d’un ministre de l’intérieur :

– les personnels administratifs du ministère de l’éducation et de l’enseignement sont en lutte depuis plusieurs semaines pour obtenir une prime d’encouragement et une révision de leurs salaires, ainsi que  créations de postes. Ils ont annoncé qu’ils s’associaient au mouvement du 6 avril, comme d’ailleurs de nombreuses organisations locales de fonctionnaires.

– les ouvriers de Mahalla qui n’ont pas été libérés depuis leur arrestation de l’an dernier à la même époque, lors de ce qu’on appelle désormais ici l’Intifada de Mahalla, ont entamé une grève de la faim dans leur prison. Ils sont soutenus à l’extérieur par un nombre  grandissant d’entreprises -essentiellement textiles- qui annoncent peu à peu leur ralliement au mouvement du 6 avril.

– Au Fayoum ce sont les ouvriers d’une grosse entreprise de céramique qui ont occupé cette semaine leur usine et promettent de rejoindre le mouvement (il s’en est suivi une quarantaine d’arrestations)

– les étudiants de nombreuses universités se réunissent et annoncent leurs mots d’ordre et leurs consignes pour ce jour là.

Côté partis politiques, le parti Karamat et le Tagammu se sont ralliés à la grève. Le parti du Front démocratique a, quant à lui écrit une lettre au président Mubarak pour réclamer la libération des condamnés de Mahalla. Le comité de coordination entre les partis et les forces citoyennes dans le gouvernorat de Munufiyya s’est rallié lui aussi à la journée du 6 avril…D’autres coordinations semblables se mettent en place dans les différentes régions.

Mais l’organisation des Frères musulmans a annoncé il y a plusieurs jours qu’elle se désolidarisait du mouvement en raison de l’absence d’orientation claire de l’appel. Sans doute pour cette raison, le syndicat des médecins, où la confrérie est largement majoritaire, annonce une action contre l’absence d’augmentation de salaires le 9 avril, alors qu’un autre mouvement concernant cette profession est en train de prendre forme dans les hôpitaux publics.

De là à ce que la confrérie soit accusée d’être briseuse de grève il n’y a qu’un pas que quelques commentateurs ont franchi, et ce malgré le fait que de nombreux jeunes engagés dans le mouvement sont eux aussi « des frères »…la contradiction est à l’image du rôle ambigu joué par cette organisation dans le pays : opposition reconnue par le pouvoir,- histoire de faire taire les oppositions laïques et démocratiques-, violemment réprimée à certaines occasions, mais qui se nourrit -en tant qu’organisation- de cette répression. Les militants eux, sont souvent engagés dans l’action sociale mais croupissent parfois des années en prison.

L’énigme reste donc ce que sera la mobilisation populaire : si elle est réussie, ce sera un camouflet aussi bien pour le pouvoir que pour ceux qui surfent, par leur double langage, sur les mécontentements bien  légitimes d’une population écrasée par la misère et l’absence de perspectives politiques.

Il est clair qu’ici comme dans le reste du monde, le capitalisme n’est pas une solution, mais un problème.

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