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Derrière les murs

27 mars 2009

darassa2Cette « entrée des artistes » m’a laissée perplexe alors que j’arpentais Salah Salem, une grande artère autoroutière du Caire, pour contourner l’immense terrain réservé aux clubs sportifs et autres organismes dédiés à la police nationale que l’on nomme ici « Darrassa« .

Faut-il en conclure que la grande muette est aussi une grande inculte ?darassa1 En tout cas le lampiste qui, depuis sa guérite, m’a regardé prendre cette photo,  m’a fait un signe sans équivoque pour interroger mon état de santé mentale. Le flic égyptien est souvent un pauvre bougre, très jeune et originaire de Haute Égypte (un saïdy comme on dit ici avec un rien de  mépris). Payé 200 LE par mois (moins de 30 euros) il est souvent réduit à rançonner le citoyen de base pour survivre. Exemple : les chauffeurs de taxi qui déservent l’aéroport se font ponctionner environ 50 livres par jour, pour entrer, sortir, récupérer la licence qu’on leur soutire régulièrement…Mais contradictoirement ici chacun a un flic -au sens large- dans sa famille. Normal, ils sont sans doute plus de 750 000 (armée, polices, forces paramilitaires, estimation de Sophie Pommier(1)) mais très inégalement répartis sur le territoire (pas la queue d’un si j’ose dire dans les bidonvilles comme Ezbet el Nakhl).

La police protège les braves gens des voleurs, mais qui protège les brave gens de la police ?

Récemment le Badyl a lancé une série d’enquête sur les rapports qu’entretiennent les égyptiens avec leur police. Très contradictoires après une série de « bavures policières » plusieurs révélations (avec video à l’appui sur Youtube) des tortures systématiques dans les commissariats pratiquées par les officiers (ils sont 45 000), et les arrestations massives lors des manifs contre la guerre à Gaza, contre les ouvriers de Mahalla… Quelques condamnations symboliques sont tombées ces dernières années pour faits de torture, quand vraiment le pouvoir ne pouvait pas faire autrement. Mais d’après l’organisation égyptienne des droits de l’homme (EOHR), 14 personnes dont un enfant de 12 ans sont mortes sous la torture dans les lieux de détention (prisons et commissariats) en 2007. Et ce nombre ne tient compte que des cas avérés pour lesquels il y a des preuves.

La libération anticipée ces jours-ci de l’officier Islam Nabih, incarcéré en 2007 pour faits de torture à Assiout et libéré pour bonne conduite alors qu’il n’en est qu’aux trois quarts de sa peine soulève à nouveau l’émotion. Révélée par le site « Egyptiens contre la torture » ( مصريون ضد التعذيب) – version réduite en anglais ici– , cette libération n’a aucun motif légal puisque, comme le rappellent des spécialistes, le motif de bonne conduite ne s’applique pas selon le code pénal égyptien à ce type de condamnation. Cette grâce est assortie, qui plus est,  du retour de l’officier dans un emploi à la direction de la Sûreté d’Assiout, ce qui n’est pas vraiment prévu par le susdit code.

Quand on sait que dans le même temps, Amnesty International estime à plus de 18 000 les personnes incarcérées sans motif valable (j’en connais), il y a de quoi révolter plus d’un citoyen. Les lecteurs arabophones pourront mesurer la chose en  lisant les posts des lecteurs du Badyl.

(1) Sophie Pommier, Égypte l’envers du décor, La Découverte 2008

3 commentaires leave one →
  1. 31 mars 2009 10:49

    « l’envers du décor »introuvable en egypte la censure est passé par là !et sophie pommier se serait vu interdire l’entrée du territoire ???

  2. 29 mars 2009 22:21

    Sophie Pommier, Égypte l’envers du décor, La Découverte 2008, excellent livre que je viens de terminer. (Il faut dire que j’avais été bien conseillé…).
    Mais qui me laisse un peu septique quant à l’appréciation réitérée de l’auteure sur le rôle bénéfique joué par l’USAID en matière de droits de l’homme en Egypte… Il me semble que si les EUA aidaient un pays à respecter les droits de l’homme, ça se saurait.
    En tous cas, merci Sylvie pour ce témoignage d’actualité.

    • snony permalink*
      31 mars 2009 20:32

      C’est sûr qu’elle en parle de manière bien plus feutrée que Sonallah Ibrahim dans les « Années de Zeith » !!!

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