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1er mai

5 mai 2011

Retour sur actu

Ce premier mai historique en Egypte semble avoir échappé en partie aux observateurs, plus souvent focalisés sur les apparitions, certes inquiétantes, des salafistes et autres voyous. Ce sont pourtant les forces qui ont donné de la voix ce jour là qui sont ce qu’on appelle les forces vives d’un pays : ouvriers, employés, fonctionnaires, artistes… Tous ces gens étaient présents dans leur immense majorité dès le début de la Révolution. Mais cette fois, ils sont venus avec leurs organisations syndicales, celles qu’ils viennent de constituer ou celles qui s’étaient formées dans la clandestinité auparavant. Dans tous les cas les banderoles arborent fièrement le titre de niqâba moustaqilla (syndicat indépendant). Ce qui est nouveau aussi c’est la mise en avant de revendications concrètes, invitant la révolution à de véritables décisions économiques, politiques et sociales indispensables à sa réussite.

Le syndicat des impôts fonciers (ci-dessus) par exemple, s’est constitué en syndicat indépendant il y a plus de deux ans (décembre 2007), bravant l’obligation au syndicat unique faite par la dictature. Dix jours durant, ils avaient bravé la police devant le ministère des finances en occupant la rue jour et nuit pour obtenir leur reconnaissance et des augmentations de salaire substantielles (voir ici, et ).

De même le nouveau syndicat des enseignants, l’Union des enseignants égyptiens (page FB ici), vient de se constituer à partir des associations qui se sont créées depuis quatre ans contre le syndicat officiel pour faire entendre leur opposition à la loi-cadre (loi qui prévoyait de soumettre leurs augmentations de salaire à un examen de compétence arbitraire). L’exigence de « dignité, de liberté et de justice sociale », rappelée ci-contre, rassemble désormais toutes ces organisations qui sortent parfois encore timidement de l’ombre, tant la réalité de la répression est encore proche.

Les salariés de la poste (à gauche ci-dessus) d’Egyptair (à droite) présentaient eux aussi leur nouvelles organisations syndicales, savourant leur indépendance et cette fête des travailleurs inédite en Égypte, en tout cas sous cette forme. Un salarié assis en marge du groupe me l’explique en commentant sa pancarte, nettement plus artisanale, qu’il a enfilée sur sa canne à pêche. « Avant, les 1er mai, on n’avait pas le droit de manifester. On avait juste droit à un discours de Mubarak qui promettait des primes qu’on ne voyait jamais ». Sa pancarte dit en substance : « Notre prime, c’est la libération (tahrir) qui nous vient de la libération (la place Tahrir) ».

La police militaire peinait à contenir les groupes sur la place qui n’avait pas été fermée à la circulation dans un premier temps. Une banderole rappelle au CSFA (qui avait pensé un moment limiter l’usage du droit de grève) que « la grève est légitime, légitime, contre la misère et la faim ». Au pied, les drapeaux palestiniens et un calicot sur Gaza ; on commence à penser qu’une révolution là-bas aussi est possible.

La question du salaire minimum était omniprésente, même si le niveau de revendication n’était pas le même pour toutes les organisations.

La banderole de gauche ci-dessus, qui n’est pas signée, réclame le Smig à 1500 L.E. A droite, la banderole du haut réclame, au nom de l’Union de ces syndicats indépendants, le smig à 1200 L.E. (150 euros), et celle du bas la liberté syndicale contre « la clique criminelle ».

La « clique criminelle », c’est bien sûr le cercle des ministres et hommes d’affaires qui entourait le président déchu, et dont l’ampleur des exactions est révélée chaque jour. Le comité le lutte contre « le profit illégitime »‘ (al-kassab ghayr al-maschrou‘) n’en finit pas d’instruire des dossiers nouveaux. Un des responsables interviewé récemment par la presse disait son effroi devant la tache grandissante. Cette affiche présente le « grand cortège » de ceux qui sont déjà en prison, avec une mention spéciale pour Suzanne , qui continue de traire « la Vache qui rit », c’est à dire les affaires de son mari. Le sort de la femme de l’ex- président pourrait basculer assez rapidement. Ces procès en cascade et leurs développements dans la presse sont largement commentés par les égyptiens dans la rue, dans le métro, dans les cafés. On n’entend plus que compter les millions et les milliards et la légitimité des revendications des travailleurs en sort largement grandie.

S’agit-il pour autant d’une mise en cause du capitalisme ? Certes, on a vu apparaître pour la première fois une dénonciation de « la corruption capitaliste » (sur cette banderole du PCE) mais on ne peut vraiment pas dire que ce soit une lame de fond. Les égyptiens aspirent profondément à la justice sociale, à la liberté d’expression, d’association, à un fonctionnement démocratique mais il n’est pas question de remettre en cause l’organisation économique de la société. Pas question donc de faire ce qu’on appelait au début du précédent siècle… la révolution.

Pour compléter ce petit reportage je conseille d’aller voir sur Ballades égyptiennes les magnifiques photos de la même journée prises par Josiane B..

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3 commentaires leave one →
  1. chantal permalink
    8 mai 2011 23:09

    Juste pour vous dire qu’il est vraiment super, votre blog. Merci.

  2. didier permalink
    5 mai 2011 13:54

    salut sylvie

    je suis ton blog depuis qq temps
    tres bien ::: tres courageux
    une idee : tu devrais regrouper tes articles et les faire publier en un volume …
    amicalement
    didier
    ps on en se connait pas, j’ai vecu en egypte et fais des recherches en histoire (voir dossier gauches en egypte)

  3. 5 mai 2011 10:28

    Merci très vivement pour ce compte rendu détaillé et agrémenté de photos précieuses des différentes banderoles! C’est important pour arriver à suivre d’ailleurs – en l’occurrence de France – ce qui se passe en profondeur dans ce « nouveau » pays qu’est devenu l’Égypte.

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