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Le bonheur de voter

19 mars 2011

C’est dans la joie et la bonne humeur que les égyptiennes et les égyptiens se rendent aux urnes aujourd’hui. Malgré de très longues queues devant les bureaux de vote (ici l’école Maarouf) un air de printemps flotte dans les rues, et pas seulement à cause de la température quasi-estivale. Dans les queues on discute politique, on échange des arguments de façon pacifique, on commente les journaux. A la sortie des urnes, chacun montre à son voisin le doigt rougi à l’encre fluorescente, fier d’y être allé.

Quelque soit le résultat du scrutin ce soir, l’appétit de ce peuple pour la démocratie – décuplé par la révolution – n’est pas prêt de se tarir, ou de se transformer en lassitude à l’européenne.

Prenant mon café sous la tonnelle d’un bistrot popu du quartier, j’ai pu assister à un sondage « sortie des urnes » en direct. Saïd le sunnite, comme on l’appelle ici, chef d’une équipe de gareurs de voiture, et qui hante les trottoirs de 8h du matin à minuit tous les jours, interrogeait un à un les clients autour de moi : « Et toi, t’as dit quoi ? ». « J’ai dit non » a répondu mon voisin, puis un autre, puis un autre… Seul un vieux au bout de la terrasse a répondu « j’ai dit oui », pour éclater de rire un peu plus tard en ajoutant « espèce d’âne, j’ai voté non ! ». Saïd, partisan du oui, qui « milite » dans la rue depuis le début de la semaine les a tous copieusement assaisonnés, mais avec le sourire tout de même. Cela fait partie de cette joie partagée : on est heureux de pouvoir être en désaccord et de se le dire.

Il est cependant très difficile de prédire ce qui sortira de ce scrutin, dans l’hypothèse (optimiste) où il n’y aura pas de fraudes. Le rassemblement d’hier « journée du refus » sur la place Tahrir était certes haut en couleur et même le flamboyant de la place s’était mis au rouge (video ici). L’immense majorité des présents étaient venus faire campagne pour le non comme en attestent les nombreuses pancartes « LA ». Mais on était loin des effectifs des rassemblements populaires de février et les manifestants semblaient, globalement, issus de la classe moyenne voire plus. Que va-t-on voter dans les quartiers populaires où l’influence des Frères Musulmans est nettement plus sensible ? Quel sera l’impact réel des membres du PND qui font aussi campagne pour le oui ?

Les arguments du « non » qui sont reproduits sur les tracts et que reprennent les slogans font mouche  : « pas de rafistolage de la constitution » (la li-tarqî’ al-dustûr), cela reviendrait à « prolonger l’ancien régime sous une autre forme »,  « amender la constitution Mubarak serait le plus grand détournement de la révolution égyptienne », près de 800 martyrs (derniers chiffres du ministère de la santé) on donné leur vie pour la révolution, « ce n’est pas pour reconduire le même type de régime autoritaire ».

En face, on invoque des arguments qui ont peu à voir avec le débat constitutionnel : « il faut voter oui pour que l’économie redémarre tout de suite » dit Saïd aux clients du café. Cette urgence économique a été l’argument du CSFA et du gouvernement pour précipiter la date de ce référendum. Elle prend appui sur les difficultés réelles des gens. Mais il est clair aussi que le temps du débat politique jouait en leur défaveur et que le pouvoir ne souhaitait pas que ce débat se prolonge et s’approfondisse davantage.

Nous saurons demain s’ils ont fait « assez » vite…

 

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