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Journée des femmes égyptiennes

8 mars 2011

Hier, les femmes égyptiennes s’étaient donné rendez-vous sur la place Tahrir à l’occasion de la journée mondiale de la femme. « Aux martyres et aux martyrs, 8 mars 2011, les femmes pour la démocratie » dit ce tract brandi par un des jeunes de la place. Disons-le de suite, le pari d’un million de femmes qu’annonçait la presse et les tracts distribués n’a pas été atteint.

Pour autant, cette journée fera sûrement date dans la marche vers une deuxième révolution : celle de l’égalité des hommes et des femmes dans un pays où le statut social des deuxièmes est très inférieur à celui des premiers. Nous sommes bien placés dans les pays occidentaux, où le salaire moyen des femmes, par exemple, est encore en moyenne inférieur de 20% à celui des hommes, à compétences égales, pour savoir que la bataille sera longue.

L’appel à ce rassemblement affirmait les objectifs suivant :

– la participation des femmes à l’élaboration d’un avenir constitutionnel, juridique et politique pour l’Égypte.

– une constitution civile nouvelle pour la citoyenne qui garantisse l’égalité et abolisse toute forme de discrimination.

– changer les diverses dispositions légales comme la loi sur le statut personnel afin de garantir l’égalité totale et des droits complets.

– cesser de mettre le rôle procréateur de la femme en avant de tous les autres rôles qu’elle joue dans sa vie publique et privée (reproduit que l’affichette ci-contre).

– établir des sanctions dissuasives qui travaillent à définir les diverses formes de violence contre les femmes égyptiennes à l’intérieur et à l’extérieur de la maison.

– la constitution doit aussi permettre aux femmes de se présenter aux élections présidentielles de la république.

Cet appel a été diversement reçu, y compris parmi les présents sur la place. J’ai vu plusieurs hommes (plutôt âgés) le déchirer ostensiblement et avec rage. Mais j’ai vu aussi de nombreux jeunes hommes le distribuer.

Les femmes qui étaient très éparses sur la place à 15h ont fini par se rassembler sur un terre-plein vers 16h pour brandir les affiches et banderoles reprenant les termes de l’appel, entourées par des jeunes hommes du mouvement du 25 janvier. Pour la première fois depuis la fin des violences, on a assisté à une contre-manifestation, certes bon enfant, mais dont les intentions étaient claires. Une centaine d’hommes, plutôt jeunes, scandait des slogans ironiques à leur encontre comme : »Suzanne, Suzanne !!! », renvoyant ainsi les revendications féministes aux déclarations des bonnes œuvres de l’épouse de Mubarak qui en son temps, avait mis sur pied une organisation gouvernementale pour protéger les droits de la femme. (cette video est tournée à côté des femmes qui crient « Liberté » et les contre-manifestants sont devant elles).

Ailleurs sur la place une vive discussion a lieu entre une jeune fille de classe moyenne et un groupe de jeunes hommes à propos du harcèlement sexuel et de sa persistance en Égypte (video). La discussion est vive mais respectueuse et surtout exempte de cette ironie toute masculine que l’on rencontre y compris en France lorsque ces sujets sont abordés. Plus loin deux femmes âgées assises portent un panneau manuscrit : « L’Égypte appartient à toutes les égyptiennes et tous les égyptiens : alliance des organisations féminines », rappelant qu’il existe déjà de nombreuses associations et que le combat féministe a une histoire en Égypte … mais aussi qu’une nouvelle étape reste à écrire.

Plus loin, une autre femme porte un panneau qui rappelle : »Nous sommes la moitié de l’Égypte … (nous sommes) associés dans la victoire » et répond en même temps aux reproches d’un voisin. On est loin du consensus du rassemblement de vendredi dernier qui a accueilli avec enthousiasme  le nouveau premier ministre Charaf sur la place et exigé le départ de tous les caciques de l’ancien régime. Mais les femmes qui ont osé venir ce jour-là sont lucides : « Il faudra du temps, on ne change pas les rapports entre hommes et femmes du jour au lendemain », me confie l’une d’elles.

Vers 17h30 un groupe d’homme a fendu le rassemblement et cherché à séparer violemment les femmes les unes des autres en leur demandant de quitter la place. Une amie m’a rapporté qu’ils les ont ensuite poursuivies dans l’avenue Qasr el Einy. Plusieurs témoins sont convaincus que cette attaque vient des Frères Musulmans, sans qu’il soit possible de le vérifier.

La conquête de liberté du peuple égyptien sera sûrement une longue aventure. Mais la jeunesse de ce mouvement ainsi que sa maturité politique grandissante permettent d’espérer de grandes avancées. Il faudra sans doute multiplier les débats et maintenir une longue mobilisation. Ce calicot érigé sur la place depuis la semaine dernière le rappelle : »Nous ne sommes pas fatigués, nous ne sommes pas fatigués : la liberté n’est pas (donnée) pour rien » ; ce qui rime joliment en égyptien (mata’abanâch, mata’abanâch, al-hurriya mech bi-balâch).

2 commentaires leave one →
  1. Louise permalink
    9 mars 2011 13:57

    Merci pour ce témoignage .
    Celui d’Aalam Wassef http://crisdegypte.blogs.liberation.fr/cairote/ parle de manifestations plus violentes.

    • snony permalink*
      9 mars 2011 14:15

      Très intéressant ce témoignage, ainsi que celui qui suit sur les arrestations et tortures perpétrées par l’armée égyptienne.

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