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Jour 5

29 janvier 2011

11h00  : Le téléphone GSM est rétabli. L’accès à la place Taharir par Talaat Harb est complètement dégagé ce matin. Les tanks de l’armée ont pris place tout autour de l’immense esplanade et on ne voit plus un seul policier. (video)

Les manifestants sont là, tous ont les yeux rougis à la fois par le manque de sommeil et les gaz reçus hier et cette nuit. De nombreux éclopés mais des gens heureux, persuadés qu’ils vont gagner. La foule est joyeuse et les slogans offensifs. Il fait très beau aujourd’hui  et les slogans comme « l’armée avec le peuple ! » donnent à cette place un air printanier de révolution des œillets. La destruction de nombreux commissariats et les victoires contre cette police haïe par tous les égyptiens ont éloigné le spectre de la peur et les yeux brillent fort.

Scène inusitée au Caire : on voit des jeunes s’emparer de sacs plastiques ou de poubelles à roulettes et entreprendre de nettoyer la place. « On veut montrer que nous n’avons pas cherché à nuire et que les voyous, ça n’est pas nous ! ». De nombreux témoignages confirment qu’hier soir tard, après le couvre-feu, les policiers ont fait sortir les droits-communs de prison (les baltaguiya) pendant que la radio annonçait la « descente » des jeunes de quartiers pauvres vers le centre, pour susciter davantage encore « de vocations ». De nombreux incendies de voitures, des pillages ont eu lieu dans la nuit, qui n’ont rien à voir avec les manifestants. La présence de l’armée semble avoir stoppé tout ça, mais nous allons vite apprendre que ce n’est pas le cas dans de nombreux quartiers.

12h00 Une grande partie des présents se tourne vers la Mecque pour prier. Ils étaient beaucoup moins nombreux dans les premiers rassemblements le 25 janvier.

12h30 Je discute avec des jeunes, différents groupes : « êtes-vous sûrs que l’armée va prendre le parti des insurgés, défendre leurs revendications ? » Personne n’en doute : « L’armée égyptienne n’a jamais levé les armes contre le peuple, d’ailleurs l’armée c’est le peuple ». Plus tard en f in d’après-midi, je rencontre un jeune beaucoup plus politisé qui répond ainsi : « Ce n’est pas bien clair. L’armée est avec nous, mais où sont les officiers ? Il n’y a ici que des soldats. » Effectivement il n’y a aucun officier dans les parages.  J’enquête auprès de plusieurs groupes sur leurs revendications après les derniers événements, le discours de Mubarak la nuit passée ? Le mouvement en a arrêté quatre : 1/ Chute du régime 2/ Réélection de l’Assemblée Nationale 3/ Changement de constitution 4/ Départ de Mubarakak.

14h00 Nous apprenons que le couvre-feu est avancé à 16h. Il fait un temps magnifique, cela paraît d’autant plus incongru. On nous dit qu’il y a de violents combats de rue dans certains quartiers, que la police n’a pas abandonné la partie, même si elle se tient en retrait là où l’armée s’est déployée. Je remonte Qasr el-Einy. Trois jeunes sur la même moto se retournent vers deux jeunes filles qui marchent sur le trottoir d’en face. L’un deux entonne « al-cha’ab wa el gueysh (le peuple et l’armée) »… puis après un temps d’arrêt, tout sourire « ma’a el-binât (avec les filles) ». Les filles haussent les épaules en souriant. Un char au bout de l’avenue arbore fièrement un « A bas Mubarak ».

15h30 Je retourne sur la place où il n’est absolument pas question de respecter le couvre-feu pour les manifestants. Certains sont juchés sur les chars qui défilent lentement sous les acclamations de la foule. Un groupe de jeunes collecte les coordonnées de volontaires pour aller défendre les bâtiments publics et le patrimoine égyptien, menacés par l’abandon des forces de l’ordre. Un autre distribue un tract appelant à la grève générale à partir de demain 30 janvier ainsi qu’à la formation de comités de défense dans les quartiers.

appel à la chute de Mubarak (video)

16h00 Un jeune  me montre ses blessures. Je lui demande où et quand il a pris de pareils coups. Il m’explique qu’il y a des combats, à deux pas d’ici et m’emmène jusque dans la petite rue derrière la place, qui relie la rue Taharir à Mohamed Mahmud. A l’entrée de la mosquée ‘ibâd al-rahmân il y a une affluence énorme, on amène des blessés et à l’intérieur, je découvre une immense infirmerie (video). Des femmes, des hommes, armés de poches de coton et de flacons de Bétadine tentent avec les moyens du bord de soigner des blessures dues à des balles en caoutchouc, des coups de bâton,  des armes blanches et des balles réelles. Qui commet ces agressions ? Mes interlocuteurs me montrent la rue Mohamed Mahmoud dans laquelle sont postés des policiers, 150 m derrière le tank qui garde l’entrée de cette rue du coté de la place Taharir. L’armée sait que ces combats ont lieu mais n’intervient pas.

18h00 Je quitte la place car les rumeurs d’attaques dans les quartiers par des baltagueya se font de plus en plus précises. A Garden City où je dors,  les gardiens d’immeuble se sont armés de baramine ou de gourdins et se préparent pour une nuit de tous les dangers. Les habitants du quartier organisent des tours de rôle.

20h00 nous apprenons par al-Jazeera que des voyous arrêtés et désarmés par les habitants d’un quartier avaient dans leurs poches des cartes de la « sécurité centrale» ce qui confirme ce dont plus personne ne doute ici : c’est le gouvernement lui-même et la police qui organisent, comme cela fut le cas en Tunisie, la terreur pour justifier un éventuel recours à la force ensuite.

21h00 Des tirs nourris se font entendre sur Qasr el-Einy. Nous apprenons que l’hôpital a été attaqué et que les snipers embusqués sur les toits du Ministère de l’Intérieur ont tiré sur les gens (un millier environ) qui étaient dans la rue. De nombreux morts. Les tirs ne vont pas s’arrêter de la nuit.

4h00 Les tirs reprennent de plus belle. Cette fois, l’attaque a lieu dans la rue. Des coups de feu sont échangés, des cris et des poursuites.

5h00 Calme relatif, quelques coups de feu au loin.

7h00 Bal d’hélicoptères sur le centre ville. Le couvre-feu doit cesser dans une heure. L’atmosphère est déjà lourde.

One Comment leave one →
  1. mdo permalink
    31 janvier 2011 13:50

    le fournisseur d’accès gratuit français FDN donne cette indication pour se connecter en bas débit 56K :
     » N’importe qui en Égypte disposant d’une ligne téléphonique analogique capable de joindre la France a la possibilité de se connecter au réseau par le n° suivant : +33 1 72 89 01 50 ( login : toto ; password : toto )  »
    merci de passer l’info autour de vous.

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