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Anniversaire

6 avril 2010

Les « jeunes du 6 avril » avaient appelé aujourd’hui à manifester pacifiquement sur la place Taharir, et pas seulement pour commémorer la grève d’il y a deux ans (papier ici). Le ministère de l’intérieur avait annoncé dès hier l’interdiction de cette manifestation qui devait rassembler de nombreux mouvements de gauche. La place a été bouclée par les forces de l’ordre et l’armée, et lorsque je suis passée en rentrant du boulot, les seuls rassemblements visibles étaient ceux des policiers en civil ou en tenue sur la fameuse place. Mais deux cents manifestants ont semble-t-il bravé l’interdit et les listes de diffusion militantes annoncent ce soir des dizaines d’arrestations sur cette fameuse place qui porte ironiquement le nom de « libération ». Les reporters de la chaine Al-Jazeera se sont fait piqué leur matériel mais la chaine diffuse ce soir quelques images des échauffourées.

Le pouvoir égyptien a de toute évidence décidé, dans cette période de contestation sociale grandissante, de jouer la carte de la fermeté, et ici le mot semble un euphémisme tant la répression est féroce (on se souvient de celle qu’avaient subi les ouvriers de Mahalla, toujours en avril 2008, à la suite de leur grève). Cette semaine une « grosse manifestation » (ici cela signifie 2000 personnes) rassemblait des syndicalistes de tout le pays venus exiger de Nazif (le premier ministre) un salaire minimal de 1200 LE (c’est à dire tenez-vous bien 160 euros). Ils ont promis à Nazif -qui n’a pas daigné les recevoir-, de revenir le rappeler à l’ordre régulièrement. Ce qu’ils ont fait dès ce week end, en venant manger le traditionnel fessikhr (du poisson faisandé avec lequel les égyptiens s’empoisonnent tous les ans) à l’occasion de la fête de Cham el-Nessim sur les pelouses du Ministère du travail. Outre le dossier du salaire minimal, un autre mouvement rassemblant des centaines d’ouvriers de différentes usines (notamment du delta) a occupé le trottoir de l’assemblée nationale puisque les ouvriers y ont bivouaqué pendant un mois : en cause leurs patrons qui pour des raisons diverses, ne les avaient pas payés depuis des lustres.

La proximité de la campagne électorale des législatives (suivies de la  présidentielle) de 2011 pourrait faire de la mayonnaise actuelle, une véritable explosion dans ce pays qui va bientôt fêter ses trente ans de régime spécial « loi d’urgence ». C’est justement cette loi d’exception interdisant tout rassemblement et autorisant les forces de l’ordre à incarcérer  sans plus de formalité tout fauteur de troubles qui était à l’ordre du jour du rassemblement d’aujourd’hui. Loi d’urgence qui va avoir, dans les jours qui viennent une nouvelle déclinaison : le pouvoir s’apprête à rendre illégitimes toutes les associations et ONG qui ne seraient pas « officielles ». « Les jeunes du 6 avril », le mouvement « Kefayya » sont directement visés.

Un autre élément inquiète sérieusement le pouvoir : un intrus dans le jeu politique égyptien vient de s’inviter, rompant avec l’éternel jeu du chat et de la souris entre le pouvoir et les Frères Musulmans, en la personne de Mohammed el-Baradei. Reçu comme un chien dans un jeu de quille y compris par les partis d’opposition, ce dernier – qui n’est pas un révolutionnaire et n’a pas a priori de forces politiques derrière lui-, est en train de mener campagne contre la constitution actuelle et notamment son article 76 (détails dans un prochain papier). Une bataille difficile qui vaudrait à n’importe quel autre égyptien de se retrouver à l’ombre très rapidement. Mais il est difficile pour le pouvoir actuel d’enfermer un prix Nobel* ; et celui-ci, dont les qualités de négociateur sont indéniables, est en passe de rassembler les différentes composantes de la société civile avec son « mouvement national pour le changement » au moins sur l’exigence d’un véritable fonctionnement démocratique pour les élections à venir, en se situant résolument dans le camp de la laïcité.

Ce qui en soi, ici, serait une véritable révolution…

* l’éditeur du livre paru la semaine dernière, « El-Baradei et le rêve d’une révolution verte » Ahmed Mahni a cependant été arrêté samedi matin et son matériel saisi.

Complément du 8/04 : un reportage video est sur Youtube, et un reportage photo sur le blog de Josiane.

2 commentaires leave one →
  1. 7 avril 2010 12:51

    Je ne peux qu’envoyer de bonnes ondes à M. El-Baraday, mais de tout coeur avec lui!

  2. 7 avril 2010 0:39

    mis en lien chez moi !
    avec photos faites la veille !

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