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Vente à la sauvette

16 juin 2009
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vente de feutres fluo

ventouse

vente de crochets adhésifs

J’en avais plein les genoux.

D’abord un cylindre de bonbon Mentos, puis une boite d’épingles à hijab. Quand la vendeuse de chaussettes  – « chaussettes en nylon, chaussettes colorées, chaussettes en coton » – est passée devant moi, mon air désemparé l’a dissuadée d’en rajouter.

demonstration

et démonstration in situ

Le principe de ces ventes à la sauvette est pourtant admis par tous : le vendeur monte à l’arrêt du métro, arpente la rame en jetant ses articles sur les genoux des voyageurs tout en déclamant ses arguments de vente. Libre à l’acheteur éventuel d’examiner de près et de se décider. Puis, demi-tour, le vendeur repasse et ramasse les invendus, ou bien encaisse 50 piastres, une ou deux guinées, rarement davantage …

La feuille d’aluminium qui peut servir de nappe, de papier d’emballage ou de décoration, le tube de colle qui colle tout en trois secondes, la pochette de feutres fluo, les confiseries, la feuille de cinq sparadraps, les versets du coran, les horaires de prière…brins de misère, posés à la hâte, remballés prestement en cas d’arrivée de la sécurité.

vente

conclusion de l'affaire

C’est un ballet bien réglé où des accords tacites règlent la concurrence. Les vendeurs ne passent jamais en même temps réclamer leur dû et savent faire place aux cul-de-jatte et éclopés en tout genre qui à leur tour viennent solliciter l’obole en échange de la promesse d’une place au paradis. C’est la cour des miracles décrite par Naguib Marfouz dans « Zuqâq el-Middaq » ou celle des « Oubliés de Dieu » de Cossery. La vendeuse semble être beaucoup plus convaincante si elle porte le niqab que si elle est en simple foulard, ou encore si elle a un lardon sur l’épaule et trois autres dans les jambes. Le vendeur à qui il manque un bras ou qui arbore un pansement souillé sur un oeil fera un tabac.

La misère s’étale, se donne à voir et vient rappeler à chacun qu’il pourrait y sombrer et c’est sans doute pour la conjurer que les modestes voyageurs du métro mettent si volontiers la main à la poche.

Échanges de billets crasseux entre pauvres hères. Solidarités effectives. Mais aussi ordre social bien huilé ;  les mendiants mendient, les vendeurs à la sauvette se sauvent, la sécurité ferme ou non les yeux et ceux qui peuvent encore se payer un ticket de métro remercient le seigneur de ne pas en être là.

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