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états d’urgence

26 mai 2008

Les égyptiens attendaient avec un espoir très modéré cette fin de mois de mai 2008. La loi établissant l’état d’urgence dans le pays, depuis l’assassinat de Sadate en 81, prorogée de nombreuses fois depuis, arrivait à échéance. 27 ans d’état d’urgence… Mubarak avait pourtant promis lors de sa dernière « élection » qu’il abolirait cette loi pour la remplacer par une loi antiterroriste. Il faut dire que les divers « patriot acts » qui ont fleuri ces dernières années dans les pays occidentaux peuvent donner des idées aux dictateurs arabes en mal d’image. Une bonne loi antiterroriste ça vous ravale la façade à peu de frais.

Mais voilà, le régime égyptien n’a même pas choisi le lifting. Il garde sa vieille carcasse de dictature décomplexée et vient de décider aujourd’hui la prolongation de l’état d’urgence de deux ans. Dans le même temps le fils du Président, Gamal Mubarak, « pressenti » pour succéder à son père, revient sur la scène politique. Homme d’affaire comme on dit et Secrétaire général adjoint du PND, il a récemment brillé dans une interview sur France 24 où il a totalement nié que la pauvreté augmentait en Égypte.

Ce qui se passe relève pourtant de la catastrophe humanitaire et les agelco qui distribuent le pain subventionné (ci-dessus) ne risquent pas d’endiguer le phénomène. La hausse des salaires de fonctionnaires (qui n’était d’ailleurs que celle de la prime dite sociale) de 30% a été complètement engloutie dans des hausses successives décidées par le gouvernement, pour justement financer la première mesure. Augmentation du pétrole, de l’essence, du gaz naturel destiné aux entreprises, des cartes grises des voitures, des transports publics (sauf le métro), du poisson, du poulet, du fer, du ciment, des huiles…Pas un jour ne se passe sans qu’une nouvelle hausse ne vienne faire la une des journaux qui désormais publient des listes de prix réellement pratiqués, à côtés des prix fixés par le gouvernement. Des tas de gens sombrent dans la misère, mais Gamal, lui, ne voit rien.

Cette image publiée dans la presse d’opposition en dit long : on le voit aux cotés de son épouse qui lui suggère « S’ils ne trouvent pas de pain, ya Gimy, dis-leur de manger des gateaux !« . Il faut dire que le garçon est un pur produit de ce régime ultralibéral, et si les prix grimpent, la fortune personnelle des Mubarak s’enflamme. Les experts internationaux l’estiment à 55 milliards de dollars, soit le montant de la dette du pays ! Le petit aurait fait ses premiers millions avec un système de rançonnement des importations de voiture Peugeot : pour chaque 504 importée, le directeur de l’entreprise – Wagih Abaza, un ancien de l’époque héroïque des officiers libres- devait verser une commission aux deux jeunes Mubarak, Gamal et Ala’. Le pauvre est d’ailleurs mort en 94, juste après avoir raconté cette histoire. Pas de bol. Mais les petits gars Mubarak ne sont pas des égoistes : la poignée de dirigeants d’entreprises et d’hommes d’affaire qui entourent le régime fait fortune elle aussi. Faut quand même bien que les riches s’enrichissent pour que les pauvres s’appauvrissent !

Pour se consoler de tout ça, on peut ajouter qu’il n’y a pas que les prix et le compte en banque de Gamal qui flamboient en Égypte. Il y a aussi les flamboyants, partout dans les rues et sur les bords du Nil. Ceux de la rue Saad Zaghloul sont magnifiques.

One Comment leave one →
  1. Benoît permalink
    27 mai 2008 14:44

    Coucou Sylvie, intéressant article comme d’habitude…
    Je voulais savoir quel était le rôle de la bourgeoisie en Egypte ? Existe-t-il des grandes familles, proches du pouvoir, qui depuis des lustres ont la mainmise sur l’économie et la politique ? Ou est-ce davantage une société de parvenus ?

    C’est intéressant à savoir pour faire une comparaison avec le Maroc…

    Bises !

    Benoît

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