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sortie de piste

22 septembre 2007

Ce matin au couvent, on a enterré Jean Pierre, le Prieur. Un type assez fantastique pour tous ceux qui l’ont approché et pour moi, qui ne le connais que depuis un mois, une rencontre aussi intense que brève : j’ai même un sentiment amer de rendez-vous presque manqué.

Il faut dire que Jean Pierre n’a rien à voir avec le dominicain des livres d’images, ni bien sûr le dogmatique chasseur d’hérésies du 12ème siècle, ni même le prosélyte qu’on s’attend à trouver dans l’OP (l’ordre des prêcheurs). D’ailleurs ici, aucun ne ressemble à cela.

Mais dès notre première rencontre Jean Pierre avait su trouver de fortes complicités ; invitée pour la première fois à la table du couvent, il m’avait gentiment mis la main sur l’épaule à la fin du repas, pensant à juste titre que j’allais rater le benedicite, puis promptement prise bras dessus bras dessous à la fin de leur prière – l’oeil espiègle- pour m’amener boire le café en discutant pédagogie et abolir toute possibilité de gêne.

Espiègle, c’est le mot qui vient le plus à l’esprit pour parler de cet homme dont l’amour, plein de lucide intelligence, n’avait rien de béat. A vingt ans, alors qu’il était déjà aspirant dominicain, il avait décidé de porter les valises – au lieu de la bonne parole- avec ses deux copains Francis Jeanson et Pierre Vidal-Naquet. Son engagement anticolonial lui a même valu 36 mois en Algérie (et pas au club Med…). Et c’est le même engagement qu’il a poursuivi en se consacrant à l’accueil des enfants immigrés à Marseille, fondant des associations, créant des réseaux pour arracher les papiers pour l’un, sortir l’autre de centre de rétention, et aider encore ceux-là à trouver un emploi, et tout ça bien avant la fondation de RESF ! Venu prendre une non-retraite en Egypte, c’est tout naturellement avec de jeunes égyptiens qu’il poursuivait ce genre d’initiatives, avant que son coeur ne lui joue un mauvais tour.

Avec son ami Philippe, psychanalyste, ils ne se contentaient pas de « donner de l’amour » mais cherchaient, bien au delà, ce qui peut permettre à des jeunes ayant vécu les traumatismes de l’immigration de se reconstruire. Un humanisme engagé donc qui l’a amené à tutoyer les grandes « hérésies » du siècle précédent, de la psychanalyse au marxisme, en passant par les sciences sociales qu’il a enseignées dans des écoles d’éducateurs.

Jean Pierre était aussi père, au sens propre, puisqu’il avait adopté il y a une quinzaine d’année un jeune palestinien qui avait fui Gaza où sa famille avait été masacrée.

Ses frères dominicains, son fils Aziz, son ami psy, les amis de Marseille, sa famille qui avait apporté un peu de terre du Gers natal, lui ont rendu un dernier hommage comme on dit, particulièrement chaleureux, tendre et respectueux de toute la personnalité de ce grand bonhomme. Une messe en français et en arabe, à peine un petit Salve Regina en latin, et des témoignages qui n’avaient absolument rien de formel. Beaucoup de chants.

Ce matin c’était donc un grand moment d’humanité qui s’est fini sous les palmiers du couvent, autour d’un repas et d’un bon coup de rouge, parce qu’avant tout ici, on aime la vie.

Cette photo de Maurice Audin, graffité par Ernest Pignon Ernest dans une rue d’Alger et en compagnie d’enfants, aurait sûrement plu à Jean Pierre…mon petit cadeau d’adieu.

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