La fête ou la révolution ?
Hier matin sur la place, il y avait ceux qui tenaient à ce que cette journée soit une fête… mais seulement une fête.
A grand renfort de sonos, installées et surveillées par un service d’ordre musclé depuis la veille, à grand renfort de militants qui ont pris possession des lieux très tôt le matin (au moins 9h). Peu de femmes, peu de jeunes et encore moins de révolutionnaires, pas de discussions politiques : des prêches, et des discours lénifiants sur la situation actuelle, une scène sur laquelle trône un grand calicot évoquant l’anniversaire de la révolution et ses réalisations… Lire la suite…
Kazeboon
Kazeboon (“ils mentent”) c’est le nom de la campagne initiée par plusieurs mouvements de jeunes issus de la révolution que j’évoquais dans mon précédent post. Ils ont bien sûr une page Facebook où l’on trouve de nombreuses informations.
Mais partant du principe que tout le monde n’est pas pendu à Facebook ou Tweeter comme Nadine Morano, ils ont décidé de se déplacer dans tous les quartiers et tous les gouvernorats d’Égypte pour informer des crimes de l’armée, de la répression qui continue, pour dénoncer la corruption qui persiste et pour appeler à rejoindre leurs mouvements, notamment le 25 janvier prochain. Leur mot d’ordre est le départ de l’armée du pouvoir au plus tard en juin prochain. Lire la suite…
L’hiver au Caire ?
C’est vrai, il fait très froid cet hiver. Enfin tout est relatif, mais dans la journée, le thermomètre peine à tutoyer les quinze degrés, et dès le soir venu, les pulls et les doudounes, les réchauds et les vins chauds s’imposent.
Mais l’hiver dont les médias français parlent c’est celui qui se serait abattu, après un printemps qu’ils n’avaient pas vu venir, et un été qui n’est jamais arrivé. Là, ils en sont sûrs, tous leurs thermomètres le disent : les pays arabes rentrent dans l’ère glaciaire et Moncef Marzouki doit rendre des comptes : qu’a-t-il fait depuis 30 jours et 30 nuits qu’il a le pouvoir ? Non mais des fois, c’est pas un autocrate en puissance qui va berner nos fins limiers politiques ! Lire la suite…
Un souffle de liberté
La place Tahrir a fêté hier soir sa première nouvelle année. La video de la nuit, en lien ici, s’ouvre sur le cri d’espoir : “pain, liberté, justice sociale”.
Parce qu’il n’y a rien de moins urgent que de conclure une telle année, je me garderai bien de céder à l’exercice convenu des “leçons de 2011″. Lire la suite…
Le Caire et ses murs
Il ne s’agit pas d’un reportage sur les remparts fatimides mais de quelques images prises lors d’un petit tour de centre ville datant du 23 décembre. Il faut dire que le paysage urbain a subi de sérieuses modifications.
La rue Mohamed Mahmud où se sont déroulés les violents combats entre le 19 et le 22 novembre, est fermée par un monumental mur. L’objectif déclaré de cette construction était de protéger le Ministère de l’Intérieur, qui est pourtant à plusieurs rues de là. En lettres rouges, sur les énormes blocs que viennent observer des jeunes en promenade dans cette artère qui ne mène plus nulle part : “La liberté viendra, c’est sûr”. Lire la suite…
Femmes d’Egypte : la ligne rouge !
“Benât, masr, khat ahmar” : mot à mot “filles d’Egypte, la ligne rouge !”.
L’après midi avait commencé par
un rassemblement devant le syndicat des journalistes, là où cette nuit déjà, des manifestants appelaient à se soulever contre les violences de l’armée.
Pendant ce temps, sur la place Tahrir, partiellement ouverte au trafic, des groupes se rassemblaient pour discuter, échanger les récits des derniers événements. Lire la suite…
Coup de force
Samedi : 13h. Atmosphère insurrectionnelle au
centre ville. La place Tahrir est entièrement encerclée de cordons de la police militaire, et de la sécurité centrale. Au loin, depuis la rue Talaat Harb, on voit rutiler les casques militaires et en toile de fond, une épaisse fumée noire provenant des tentes qui étaient plantées sur le rond point (essentiellement les familles des blessés de la révolution). Les militaires les ont incendiées et ont roué de coups leurs habitants. Lire la suite…
Deux nouvelles
Eh oui, la bonne, et la mauvaise !
Je me dépêche d’annoncer la bonne, qui a été noyée dans un fatras d’informations mondiales, plus désolantes les unes que les autres. Elle mérite pourtant qu’on s’y attarde quelque peu. Le deuxième tour des élections législatives qui vient de s’achever, certes pour seulement le tiers des gouvernorats d’Egypte, a été marqué par un échec cuisant pour les salafistes, au Caire notamment. Certes, les bureaux de vote situés dans les pays du Golfe ont atténué l’effet… Certes, c’est souvent au profit des Frères musulmans que le report s’est produit (80 sièges obtenus sur les 168 en jeu au total). Mais ne boudons pas notre plaisir. Lire la suite…
On continue !
C’est ainsi que l’on peut traduire ce pochoir des Jeunes du 6 avril qui se répand sur les murs de la ville “mustamirrûn“, (ils continuent).
Ce lendemain d’élections peut apparaître désolant : il n’est pourtant que la traduction d’une réalité égyptienne connue depuis longtemps. Les partis islamistes qui raflent la mise ne sont pas nés d’hier et ont à leur acquis, des années d’action sociale et de lutte contre l’oppression. Lire la suite…
Le roi nu
Cela fait quatre jours que je résiste à une pression éhontée de mes lecteurs : que se passe-t-il en Egypte ? Pourquoi ce silence ? Outre le fait que je ne suis pas blogueuse à temps plein j’avoue que si je n’ai pas réussi à mettre une ligne en ligne, c’est parce que je ne comprenais pas grand chose aux événements. Comment la bascule s’est-elle produite, entre la manifestation spectaculaire des Frères Musulmans et des salafistes de vendredi, et l’immense rassemblement de ce soir à l’appel de 38 organisations ? Je pense que la question pourrait faire l’objet d’une thèse de 3ème cycle en histoire contemporaine. C’est une façon de dire que les récits y compris factuels que j’ai pu lire dans la presse et sur le net me semblent souvent douteux, même basés sur des témoignages, car ceux-ci sont souvent très contradictoires. Lire la suite…
La démocratie, c’est imprévisible.
Alors que l’actualité égyptienne semble reproduire toujours la même fatalité : arrestation de blogueurs (voir le blog Egypte-Solidarité) , torture, répression, d’autres mouvements de fond travaillent la réalité : de nombreuses luttes sociales, et aussi la perspective des premières élections législatives libres, qui mobilise la société. Toute la société ? Peut-être pas encore, car on ne sort pas indemne de trente années de dictature, et nombreux sont les égyptiens qui avouent ne plus rien comprendre à ce qui se passe. Lire la suite…
conflits interconfessionnels ?
Les récents événements en Égypte sont à la fois consternants et inquiétants. Deux sentiments palpables parmi la population qui “encaisse” ce nouveau coup porté à l’espoir qu’avait soulevé la révolution de construire un pays plus juste. Le traitement médiatique et politique de ce que certains refusent d’appeler “événements” ajoute à la colère des égyptiens les plus engagés dans le processus issu du 25 janvier. Mais il provoque aussi résignation et peur pour la grande majorité de leurs concitoyens.
La manifestation qui est partie de Shubra dimanche 9 vers 16h était une manifestation pacifique qui rassemblait des chrétiens mais aussi quelques musulmans, protestants contre les récents événements qui, en Haute-Egypte (Asswan, Edfu…) avaient conduit à des agressions sectaires contre des chrétiens voire à l’incendie d’une église. Les jeunes de la “coalition Maspéro” pointaient du doigt l’étrange laisser-faire de l’armée dont le Conseil Suprême a certes plusieurs fois promis des reconstruction d’églises mais dont les officiers assistent souvent impassibles aux exactions et aux provocations d’extrémistes musulmans. Voilà pourquoi les jeunes coptes revenaient sur ce lieu qu’ils avaient investi au printemps dernier, à la suite de l’attaque de l’église d’Imbaba, et où ils avaient fondé leur organisation (voir précédent post).
La révolution s’invite à l’école
En ce jour de grève historique de l’éducation en France, le sujet s’impose.
D’autant que ce samedi 24 septembre, malgré la loi d’urgence et pour la deuxième fois depuis
la rentrée scolaire (qui a eu lieu le 18 septembre), les enseignants des premier et second degrés se sont massivement rassemblés devant le Matignon égyptien (majliss al-wazara), rue Qasr el-Eyny. Forts d’une grève réussie à un taux qui oscille entre 50 et 85% selon les gouvernorats d’après les organisateurs (2,88 % selon le communiqué du ministère datant du 21/09), ils sont venus en bus par milliers de toutes les régions, à l’exception de celles qui organisaient leurs propres rassemblements. Les revendications sont résumées sur le calicot ci-contre qui émane de l’union des enseignants de la partie orientale du pays : “Nous voulons la justice sociale. La réforme de l’enseignement passe par une organisation éducative qui ramène les élèves <au respect> des structures scolaires, garantissant une vie digne aux enseignants, rendant illégitime <le recours> aux cours particuliers et élevant le niveau professionnel de l’enseignement par la formation continue”. Lire la suite…
(re)lecture
C’était il y a un peu plus de deux ans, le 4 juin 2009. Le Président Barack Obama prononçait au Caire, dans le Grand Hall de l’Université, un discours salué à ce moment-là comme exceptionnel, voire historique.
On peut relire aujourd’hui ce discours dans sa version originale, par exemple sur le site du Guardian, ou traduit en français par le site “La paix maintenant“. Extrait :
“… la situation du peuple palestinien est intolérable. L’Amérique ne tournera pas le dos aux aspirations légitimes des Palestiniens à la dignité et à un État à eux. Pendant des dizaines années, il y a eu une impasse : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun avec son histoire douloureuse qui fait fuir tout compromis. Il est facile de pointer du doigt les responsabilités – pour les Palestiniens, pointer les migrations provoquées par la fondation d’Israël, pour les Israéliens de pointer la constante hostilité et les attaques qu’ils ont subies dans leur histoire, depuis l’intérieur de leurs frontières aussi bien que du dehors. Mais si nous ne considérons ce conflit que d’un côté, nous ne verrons pas la vérité : la seule solution pour répondre aux aspirations des deux côtés passe par deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun en paix et en sécurité. Il y va de l’intérêt d’Israël, de la Palestine, de l’Amérique et du monde. C’est pourquoi j’ai l’intention de rechercher personnellement cette solution, avec toute la patience que la tâche requiert…”
En fait le mot-clef c’était “patience”.
Tahrir, la rentrée
Cela faisait plus d’un mois que la place Tahrir était tenue par des bataillons de la “Sûreté Centrale” ou de la police militaire (voir reportage de Josiane en ligne). Les forces de l’ordre avaient chassé début août les insurgés qui tenaient là une agora permanente avec campements et rassemblements quotidiens tout au long du mois de juillet. Depuis, Ramadan aidant, la révolution semblait avoir appuyé sur le bouton pause… Mais hier, une trentaine d’organisations
appelaient à un rassemblement “pour remettre la révolution sur la bonne voie” et, dès jeudi soir, les forces de l’ordre ont abandonné la place aux premiers manifestants. Lire la suite…
Merci à l’amie qui m’a suggéré ce titre, elle se reconnaîtra. Merci aussi à Richard Jacquemond, alias khawaga, d’avoir signalé en commentaire de mon précédent post, cette e
xcellente série d’émissions de Joseph Confavreux et Jean-Philippe Navarre, sur France Culture : L’Égypte, la révolution au quotidien, et Police de Mubarak, anatomie d’une peur que l’on peut encore podcaster sur le site (éviter d’écouter la deuxième avant de s’endormir). Un véritable travail d’investigation qui essaye de lire, au-delà des analyses prédigérées, les mille et une facettes de la réalité égyptienne et les espoirs qu’elle porte. Un travail engagé qui ne se contente pas de nourrir les idées reçues d’une rédaction. Lire la suite…
cherche expert en révolution
Les événements qui ont lieu dans le monde arabe depuis fin 2010 continuent de faire couler de l’encre. Mais une encre qui semble pâlir au fur et à mesure où le temps avance. Deux hypothèses : ou bien ce sont les révolutions elles-mêmes qui flanchent, ou bien se sont les commentateurs, observateurs, experts dont la plume évolue. Rien, de mon point de vue, ne confirme la première hypothèse, mais beaucoup de soupçons se portent sur la deuxième. Lire la suite…
L’art est une place
“Al-fann mîdân“, est le nom d’une nouvelle manifestation
culturelle en Egypte, qui a désormais lieu tous les premiers samedis de chaque mois (logo ci-contre). Samedi dernier était le troisième, depuis qu’une petite centaine d’associations culturelles ont décidé de se regrouper pour organiser dans tout le pays des festivités artistiques et culturelles. Ces associations et les quelques 200 artistes qu’elles ont rassemblés revendiquent toutes et tous le qualificatif “d’indépendant”, ce qui n’étaient pas imaginable sous l’ancien régime. Il existait un événement annuel de ce type à Héliopolis mais rassemblant essentiellement des organisations patentées. Lire la suite…
vendredi de la colère II
Malgré les rumeurs de violences savamment diffusées sur la toile depuis la veille et relayées par les jeunes eux-mêmes qui craignaient des attaques,
Malgré les appels des Frères et des Salafistes à ne pas manifester ce jour-là, appels qui dans certains quartiers populaires se sont transformés en interdit,
Malgré les effets d’annonce de l’armée qui, comme chaque veille de gros rassemblement, communique, rassure, désamorce (cette fois, c’était l’ouverture du passage de Rafah, une promesse déjà utilisée mais fixée maintenant à samedi ainsi que le maintien des chefs d’accusation à l’encontre de Moubarak),
Malgré la chaleur étouffante et l’air brûlant chargé de poussière du désert,… Lire la suite…
Camélia et Tantawi
Le sort d’une femme est en train d’embraser l’Egypte. S’agit-il d’un soudain intérêt pour les droits de la femme dans ce pays ? Rien n’est moins sûr car ce sont d’abord des histoires de conversions religieuses. S’agit-il alors de conflits strictement religieux ? Là encore, les doutes sont permis et il semble bien qu’une certaine contre-révolution, joue, depuis trois mois et chaque fois qu’elle le peut, la carte de la fitna.
L’histoire actuelle a commencé en juillet
2010. Une femme de prêtre (copte), en conflit avec son époux, disparaît pendant quelques jours. On dit qu’elle s’est convertie à l’islam afin de pouvoir divorcer (ce qui est vraisemblable mais non vérifié). Elle est retrouvée quelques jours plus tard mais aurait été enfermée dans une église par sa communauté. Depuis on assiste régulièrement à des manifestations de musulmans qui réclament la libération de Camélia devenue musulmane, et à des manifestations de chrétiens qui soupçonnent que la conversion de Camélia était forcée. Des imams, des prêtres, des prêcheurs télévisuels (comme Selin Awa sur la chaine Al-Jazeera) ont continué à souffler sur les braises et de nouvelles manifestations ont continué d’opposer musulmans et chrétiens sur cette question. Un autre débat a grandi dans le pays sur les rôles respectifs de l’état et de l’Eglise : le premier a-t-il une obligation de protection des individus ou la deuxième a-t-elle un droit inaliénable à récupérer “les brebis égarées”. On le voit, les droits de la femme sont très très loin de ce débat, peut-être même ceux de l’homme. Une émission d’al-Jazeera ma wara’ al-khabr (en arabe) faisait le point en septembre 2010 de tous ces développements. Une autre en anglais ici. Lire la suite…
1er mai
Retour sur actu
Ce premier mai historique en Egypte semble
avoir échappé en partie aux observateurs, plus souvent focalisés sur les apparitions, certes inquiétantes, des salafistes et autres voyous. Ce sont pourtant les forces qui ont donné de la voix ce jour là qui sont ce qu’on appelle les forces vives d’un pays : ouvriers, employés, fonctionnaires, artistes… Tous ces gens étaient présents dans leur immense majorité dès le début de la Révolution. Mais cette fois, ils sont venus avec leurs organisations syndicales, celles qu’ils viennent de constituer ou celles qui s’étaient formées dans la clandestinité auparavant. Dans tous les cas les banderoles arborent fièrement le titre de niqâba moustaqilla (syndicat indépendant). Ce qui est nouveau aussi c’est la mise en avant de revendications concrètes, invitant la révolution à de véritables décisions économiques, politiques et sociales indispensables à sa réussite. Lire la suite…
1er mai 2011, préparatifs
Il est 12h45. Le premier rassemblement libre du 1er mai en Egypte n’est prévu qu’à 16h mais déjà, la place grouille de monde.
Des groupes se rassemblent et prennent leurs marques un peu partout, malgré le soleil qui tape très fort aujourd’hui. La journée promet d’être chaude au sens propre comme au figuré.
Des drapeaux flottant côté Talaat Harb, près des vendeurs de T-shirts révolutionnaires, donnent des couleurs inusitées à la place. En exclusivité mondiale sur ce blog (si, si), voici la première apparition publique du parti communiste égyptien sur Tahrir. Les militants n’en sont pas peu fiers, après des années de combat dans l’ombre, voire à l’ombre. 
C’est ce qu’explique le premier secrétaire Saleh Adly à la presse, tandis qu’un jeune responsable, Rami Sobhi est interrogé par des journalistes quant aux positions du parti sur la religion.
Pendant l’interview un jeune des Frères s’approche et harangue le groupe. Les militants se détournent et
ne répondent pas à la provocation.
On attend des cortèges de salariés, qui vont se regrouper par professions vraisemblablement. J’arrive pour ma part du siège du nouveau syndicat des enseignants à Dokki, et j’ai pu mesurer que la mobilisation va être importante.
Des compléments ce soir, inch allah bien sûr.
Révolution(s) en Syrie
Avec l’épisode syrien, le printemps arabe se rapproche semble-t-il de son centre de gravité : la question palestinienne. Cette question n’est bien évidemment pas la cause de la chute de Ben Ali, de Mubarak ni des difficultés de Kadhafi ou de Saleh. Les slogans des peuples tunisiens, égyptiens, libyens, yéménites portent sur la nature des régimes en place et ils expriment en premier lieu une forte aspiration à la liberté et la démocratie.
En revanche le maintien de tous ces dictateurs, soutenus pendant tant d’années par l’Occident, a largement à voir avec la volonté israélo-américaine d’imposer par la force une “stabilité” autour du brûlot crée par l’occupation de la Palestine et par le mépris de tout un peuple, dont le droit à disposer d’un état est pourtant -sur le papier- reconnu par l’ensemble de la communauté internationale. C’est cet ordre mondial qui est en train de s’écrouler. Lire la suite…
Peuple-armée : de l’eau dans le gaz.
Après la magnifique et pacifique manifestation d’hier, la nuit a été plutôt sombre au Caire. Deux mille personnes étaient restées sur la place pour la nuit. Une unité spéciale de l’armée est entrée sur celle-ci entre 2h et 3 du matin puis a violemment attaqué. Pendant deux heures, on a entendu des tirs (très sonores parce qu’en l’air). Les militaires ont utilisés des gaz lacrymogènes, des matraques, et écroulé les quelques tentes qui s’étaient installées hier soir avec l’objectif annoncé de “faire tomber Tantawi”, le chef des forces armées. Lire la suite…
Ni sabre ni goupillon
Ce vendredi se nommait “vendredi de la purge” et le ton est semble-t-il encore monté d’un cran. “Ensemble, faisons la guerre à la corruption, et jugeons les corrompus” dit en substance cette banderole. Certes un ministre de plus vient de rentrer en prison (celui du logement pour une énorme affaire d’abus de biens publics) mais les principaux corrompus sont toujours en liberté. Les gouvernorats sont toujours aux mains des anciens du PND, la télévision et la radio de même, sans parler du clan Mubarak qui semble bien avoir encore des soutiens efficaces, intérieurs comme extérieurs. On murmure que les saoudiens menacent de retirer tous leurs investissements s’ils sont poursuivis…On peut imaginer que d’autres investisseurs dans des pays plus démocratiques en font de même. Tiens, à ce propos, la banderole juste au-dessus clame le refus de l’installation d’une centrale nucléaire dans le pays, alors qu’un appel d’offres a été lancé fin 2010 pour la construction de sa première unité sur la côte, au Nord-Ouest du Caire, à al-Dabea. Lire la suite…
Nouvelle donne
Après quelques semaines plutôt confuses et marquées par des reculs inquiétants, des violences et des arrestations, de nouvelles raisons d’espérer dans la révolution égyptienne se font jour. Et c’est en soi une bonne raison de reprendre la plume ou le clavier.
Ce premier avril a renoué avec les belles heures de mobilisation de février : des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées sur une place fermée aux voitures par des cordons de sécurité. L’appel à la manifestation était dans la presse et sur le net depuis plusieurs jours : “Ensemble, il faut sauver la révolution” (inqâz el-thawra), et c’est un public très divers sur le plan social qui y a répondu. Lire la suite…
Le bonheur de voter
C’est dans la joie et la bonne humeur que les
égyptiennes et les égyptiens se rendent aux urnes aujourd’hui. Malgré de très longues queues devant les bureaux de vote (ici l’école Maarouf) un air de printemps flotte dans les rues, et pas seulement à cause de la température quasi-estivale. Dans les queues on discute politique, on échange des arguments de façon pacifique, on commente les journaux. A la sortie des urnes, chacun montre à son voisin le doigt rougi à l’encre fluorescente, fier d’y être allé.
Quelque soit le résultat du scrutin ce soir, l’appétit de ce peuple pour la démocratie – décuplé par la révolution – n’est pas prêt de se tarir, ou de se transformer en lassitude à l’européenne. Lire la suite…
référendum J-3
Finalement ce référendum sur les amendements à la constitution (voir précédent post) éclaircit nettement le paysage politique égyptien.
Appellent à voter oui samedi prochain : l’actuel gouvernement Sharaf, le PND, les responsables de l’ancien régime, de nombreux hommes d’affaires et les Frères Musulmans. Sur les réseaux sociaux, cela se traduit par l’affichage de l’avatar ci-contre.
Appellent à voter non (lâ en arabe) pratiquement toutes les autres forces politiques et de nombreuses personnalités : le Wafd (parti de la délégation), le parti nassérien, le mouvement des jeunes du 25 janvier, celui du “6 avril”*, le Tagammou (parti du rassemblement, “socialiste”), le Rassemblement national pour le changement , le parti el-ghad (d’Ayman Nour), le parti du Front, le parti communiste égyptien, le mouvement d’el-Baradei, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, le Mouvement des égyptiennes pour le changement. Neuf de ces mouvements participaient à une conférence de presse mardi soir au cours de laquelle ils ont appelé le CSFA (Conseil Suprême des Forces armées) à annuler ce référendum et la population à manifester vendredi pour obtenir une véritable “nouvelle constitution”. Vendredi est désormais annoncé comme la “journée du refus”. Lire la suite…
Journée anti-fitna
Le rassemblement hebdomadaire sur la place Tahrir ce vendredi ne comptait sans doute pas plus de dix mille personnes en raison des récents événements, mais les échanges étaient particulièrement animés et le nombre de tracts distribués ce jour témoigne sans doute d’une nouvelle étape dans le débat politique.
La journée avait été placée par le mouvement du 25 janvier sous le signe de
la résistance à la fitna (le schisme) qui menace l’Egypte depuis quelques jours. Ce terme de fitna, lourd de significations dans le monde arabe (voir cet ancien post) évoque l’abime qui s’ouvre à nouveau entre chrétiens et musulmans, alors qu’il était complètement absent depuis le début des événements, comme le rappelle ce calicot sur la place (“Nous avons réussi notre révolution grâce à notre unité”). Les jeunes révolutionnaires veulent continuer à croire que cette unité du peuple égyptien est l’avenir du pays. Lire la suite…
Journée des femmes égyptiennes
Hier, les femmes égyptiennes s’étaient donné rendez-vous sur la place Tahrir à l’occasion de la journée mondiale de la femme. “Aux martyres et aux martyrs, 8 mars 2011, les femmes pour la démocratie” dit ce tract brandi par un des jeunes de la place. Disons-le de suite, le pari d’un million de femmes qu’annonçait la presse et les tracts distribués n’a pas été atteint.
Pour autant, cette journée fera sûrement date dans la marche vers une deuxième révolution : celle de l’égalité des hommes et des femmes dans un pays où le statut social des deuxièmes est très inférieur à celui des premiers. Nous sommes bien placés dans les pays occidentaux, où le salaire moyen des femmes, par exemple, est encore en moyenne inférieur de 20% à celui des hommes, à compétences égales, pour savoir que la bataille sera longue. Lire la suite…
vendredi 25 février : une nouvelle étape ?
Comme tous les vendredis maintenant, le mouvement
“du 25 janvier” appelait en cette fin de semaine à un rassemblement sous le signe de la lutte contre la corruption, du “grand nettoyage”(yaoum at-tathyr).
Toujours aussi joyeux et déterminés, les manifestants avaient multiplié les lieux de débat politique sur la place Tahrir mais aussi dans différents endroits du centre ville, et il semble que la qualité de ces débats, pour ce que je peux en juger, évolue très positivement. Lire la suite…
Sabah el-thawra
C’est ainsi que l’on se dit bonjour maintenant en Egypte “‘Matin de révolution”. L’expression a remplacé l’habituel
sabah el-kheir (bon matin), ou sabah el-ward (matin de fleur). L’atmosphère qui règne dans les rues de la ville est indescriptible : des badauds partout qui continuent de prendre des photos de famille devant les chars, des chalands vendant drapeaux et fanions révolutionnaires, des rassemblements à tous les coins de rue, des sonos privées qui diffusent des chants patriotiques, des terrasses de bistrot animées de discussions politiques, des jeunes qui nettoient et repeignent la ville (photo ci-contre). Les toc-tocs des banlieues lointaines qui ont envahi le centre ville dont l’accès leur était jusque là interdit contribuent à donner un air de joyeux bazar. Lire la suite…
Nous sommes tous des égyptiens كلنا مصريين
Place Tahrir : une banderole a fleuri dès le début de soirée, telle un bas d’écran d’une chaîne d’information : “breaking news : le peuple a fait tomber le régime !”.
Mais le slogan de la soirée, celui qui sort de toutes les poitrines, qui rallume des yeux pourtant épuisés par ces 20 jours d’insurrection : “liberté, nous sommes libres, nous sommes dignes”. Ce que des jeunes, rencontrés rue Talaat Harb, ont griffoné à la hâte sur un morceau de drap (ci-dessous) :
“Je suis un citoyen égyptien libre !”.
L’explosion de joie dans les rues du Caire vers 18h, ce vendredi 11 février est à la mesure des angoisses et des colères qui ont suivi le discours du président la veille : “Je reste” avait-il dit, risquant ainsi de plonger son pays dans un chaos indescriptible. Le nombre de manifestants présents sur la place jeudi pour accueillir ce message, et celui annoncé pour ce vendredi dépassait tous les records. Mais le pacifisme de ce mouvement et sa détermination ont surmonté cette dernière provocation du raïs. Ce sont des millions de personnes qui sont descendues dans les rues du Caire bien avant l’heure de la prière du vendredi. Lire la suite…
Français du Caire : l’inquiétude
Éloignée depuis quelques jours du centre du Caire, je n’ai pu suivre qu’indirectement les événements. Voilà pourquoi ce blog est resté silencieux, ce qui a suscité pas mal de commentaires inquiets.
Si je veux rassurer mes lecteurs quant à mon cas personnel, il reste des motifs d’inquiétude pour les Français du Caire suffisamment forts pour avoir suscité un reportage très instructif de la chaîne FR3. Je vous recommande de le visionner en ligne au plus vite en cliquant sur ce lien et en choisissant la date du mardi 8 février, vers le milieu du journal (19h41 exactement).
Comme ce lien est périssable (les archives ne semblent être conservées que huit jours), j’ajoute le script de ce reportage qui semble être passé inaperçu en France, noyé qu’il fut dans le fracas des vacances de F. Fillon en Egypte ou de celles de MAM en Tunisie : Lire la suite…
Jour 13
Un post rapide pour rassurer mes lecteurs. Hier, comme on le pressentait, a été une grande journée d’intimidation des étrangers qui, selon le discours gouvernemental – largement relayé par les medias nationaux-, sont “la cause de tous les troubles”.
La “sûreté de l’état” est passée dans ma rue et d’autres du centre ville pour enquêter sur le statut de ces étrangers, rassembler les informations de quelques indicateurs, saisir des cartes-mémoire d’appareils photo, des clés usb et des disques durs. Ils ont voulu fouiller mon appartement et ont demandé au propriétaire de prouver que je ne suis ni journaliste ni activiste, que je ne vais pas aux manifestations et que je ne m’occupe pas de politique. Malheureusement, je n’ai pu les rassurer directement puisque j’étais partie depuis l’aube loin du centre, chez des amis qui m’ont gentiment invitée pour quelques temps. Lire la suite…
Jour 11 : manoeuvres
Plusieurs amis viennent de recevoir la visite de la police militaire. Les ordinateurs sont fouillés. Il devient évident que le pouvoir joue la carte d’une répression féroce.
Jour 11 : jour du départ
Malgré les innombrables violences des milices pro-Mubarak de ces derniers jours, les égyptiens ont très massivement répondu à l’appel des jeunes insurgés pour faire de ce jour le “jour du départ” de leur président.
Dès 10h00 du matin, on pouvait mesurer que la journée serait un immense succès. Les gens sont venus en famille, par groupes, par quartiers, malgré les dangers toujours présents. Ces dangers ne sont pas sur la place elle-même qui est parfaitement sécurisée par trois ou quatre cordons de service d’ordre et par les tanks de l’armée, toujours présente, mais sur les chemins d’accès. La campagne xénophobe permanente de la TV égyptienne commence à marquer en profondeur les esprits. Ceux des partisans du président qui sont ainsi dopés pour commettre leurs exactions. Mais aussi ceux des comités de quartier qui montent la garde en permanence. Même si depuis le début ils ont montré leur sympathie pour la révolution, la crise alimentaire, les propos xénophobes des autorités et les risques permanents de violence épuisent leurs nerfs. Lire la suite…
Jour 10 : l’espoir renaît
Malgré les attaques des pro-Mubarak sur la place, malgré la conférence de presse désastreuse du premier ministre Shafiq “s’excusant des morts” , une fenêtre commence à s’ouvrir. L’Algérie vient d’abolir son état d’urgence, l’Europe fait entendre un autre son (voir l’intervention de Cohn-Bendit qui pour une fois, fait autre chose qu’un effet de manche). Il semble que le permis de massacrer soit de moins en moins acquis.
Ici nous sommes enfermés dans les appartements car on attaque les étrangers et tout ce qui peut ressembler à un journaliste ou à un bloggeur est en danger. Il est urgent que tous les européens fassent entendre un autre son de cloche que “le danger de l’islamisme” et s’engagent pour défendre cette formidable aspiration à la démocratie du monde arabe et ce sursaut pour un autre ordre mondial, notamment au Moyen Orient.
Chaque citoyen européen doit se sentir concerné par ce qui se passe ici. Les amis égyptiens présents sur la place pensent pouvoir tenir. Si nous perdons, nous perdons pour très longtemps !
Jour 10 : massacre sur commande
Ce matin tout mon quartier s’est réveillé groggy après une nuit d’émeutes dans les rues adjacentes, un incendie dans un immeuble voisin, et un chaos indescriptible.
Les rues portent la trace de ces combats : certes peu de dégâts lourds
mis à part le mobilier urbain et quelques vitrines, mais la rue Mohamed Bassiouny aura besoin d’un très gros coup de balai pour retrouver des couleurs. Il y a des gravats partout, des barricades improvisées à chaque intersection, et les jeunes qui entretiennent le quartier depuis le début des événements pour montrer que leur révolution est citoyenne ont un peu les bras qui leur en tombent, surtout après une nuit sans sommeil.
9hOO
L’entrée de la place Tahrir est fermée par les palissades de tôles que l’on a vu toute la nuit sur les images d’al-Jazeera. Les contrôles sont très stricts et aucun objet contondant ne rentre sur la place. C’est d’ailleurs ainsi que, cette nuit, les insurgés se sont fait massacrer par des contre-manifestants qui eux, étaient armés de cocktails Molotov, de gourdins et d’armes blanches.
En entrant sur la place, on prend tout de suite la mesure du combat de la nuit. Les visages sont fatigués, les traits tirés et le nombre de blessés est phénoménal (video ici). Les chiffres de 500 blessés et de 6 morts qu’annonce la presse ce matin n’est sans doute pas surfait. Lire la suite…
Jour 9
Le discours de Mubarak a bien eu les effets escomptés. Dès le petit matin, on a senti comme de l’électricité dans l’air. Le petit café After-Eight (video de la veille) qui est devenu mon QG à la fois pour me reposer et pour prendre la température en discutant avec les gens est la scène de plusieurs altercations inusitées à cet endroit. Deux hommes plutôt âgés apostrophent les jeunes insurgés qui sont attablés pour leur dire qu’ils doivent rentrer chez eux.
Je discute avec un avocat qui m’explique que même si le discours de Mubarak contenait des éléments positifs comme la confirmation de son départ à la fin de son mandat, ou la révision des articles 76 et 77 de la constitution (voir post ici) il est une véritable provocation pour la jeunesse égyptienne et pour tous les gens, des millions, qui soutiennent ce mouvement. La phrase “je suis né ici et je mourrai sur cette terre”, reprise en manchette du Masry al-Yaoum d’ailleurs, est un NON clair et net aux millions de “irhal” qui ont été criés depuis une semaine et il est clair qu’il n’est pas question de changer de régime. “Il n’a pas eu un seul mot pour le peuple” ajoute mon avocat. “Cet homme n’aime pas son peuple, il n’aime que le pouvoir.” Lire la suite…
Jour 8
C’était le pari de la journée rebaptisée “journée des millions” :
atteindre un record de participation. Impossible de donner une évaluation sérieuse du nombre de manifestants dans le centre ville. Il s’écrit sans aucun doute en centaines de milliers mais je n’ai pas les moyens d’en dire plus. Pour tous les égyptiens présents, cette journée est un immense succès.
Dès 9h00 sur la place, on nous annonce le chiffre de 200 000 et l’ambiance est déjà au top. Le slogan de cette video “C’est lui qui partira, nous on ne part pas !” sera repris toute la journée.
Les gens arrivent par flots continus depuis le pont sur le Nil et surtout depuis le Nord de la place. Le gouvernement a eu beau arrêter les trains, ils sont venus en microbus, en voiture, ou en pickup depuis les lointaines banlieues pauvres voire depuis le delta, Mansoura, etc… La manifestation est très bon enfant. Les gens sont heureux et le spectre de la violence des premiers jours semble s’éloigner, même si certains continuent d’organiser leurs comités de quartier et de préparer les tours de rôle pour la soirée. Très vite la foule devient si dense que l’on ne peut plus avancer et que tourner une simple video devient un véritable exercice de contorsion. Lire la suite…
Jour 7 compléments
Le rassemblement du 31 a été marqué par une diversification des catégories
sociales présentes sur la place et par une augmentation considérable du nombre de participants. Dès le milieu de matinée on sentait que le mouvement était en train de gagner en ampleur et la place vers 11h était déjà bien remplie (vidéo).
Des gens de classe moyenne voire aisée se sont aventurés, au moins dans le temps précédant le couvre-feu, pour venir apporter leur soutien au mouvement.Des corporations sont aussi venues rejoindre les insurgés comme celle des ingénieurs qui arborait ici une fière banderole : “Les ingénieurs d’Egypte se félicitent de l’intifada du peuple et lui demandent de poursuivre jusqu’à la chute du régime”. Lire la suite…
Jour 7
La connexion internet semble fonctionner à nouveau, au moins dans certains café-net.
Ce matin les habitants du quartier semblent refaire surface. On balaye, on nettoie les dégâts de la nuit. On discute des derniers événements, des combats de la nuit. Mais j’ai encore beaucoup de mal à savoir qui a combattu qui. L’implicite de toues les discussions, c’est la conviction du bien fondé des actions menées par les insurgés. C’est d’ailleurs la manchette du Masry al-Youm “Le peuple au service de la nation” au dessus de la photo d’une femme tenant une pancarte “Nous sommes ceux qui protégeons le pays !”.
Un élément du paysage qui a peu changé est la cabane gouvernementale de vente de pain subventionné. L’agelco a été déplacé par les militaires dans la rue Abd el Hameed Said. Mais la queue s’est reformée, encore plus longue que la semaine dernière. Lire la suite…
Jour 6
9h00 Les insurgés se réveillent doucement place Taharir. Certains d’entre
eux assurent la circulation puisque les policiers ont déserté. La température était douce cette nuit et malgré la fatigue, les visages sont souriants. Les militaires de leur côté ont essayé de contenir toute la nuit les snipers du ministère de l’intérieur. Les dégâts sont importants et le bilan, selon différentes sources, est d’une centaine de morts au Caire depuis la veille au matin. Sur le pied de la statue derrière ce jeune qui se réveille, un tag rebaptise le ministre de l’intérieur “ministre de la torture”.
J’avise un groupe de jeunes qui discute avec passion. « On tiendra jusqu’à ce que Mubarak s’en aille ». Ils me racontent ce qui s’est passé au musée qui a visiblement soulevé la colère de nombreux égyptiens. Des policiers en civil sont rentrés pour tout casser et ce sont les manifestants qui ont, avec l’aide de l’armée, empêché le pillage. Ils ont ensuite fait un cordon pour empêcher toute intrusion et l’armée a arrêté la quarantaine de voyous dans les poches desquels on a trouvé des cartes de la « sécurité centrale ». (ce « détail » n’était pas précisé dans les informations de France 24 aujourd’hui). L’un des jeunes du groupe était dans les combats de Qasr el-Einy et il me raconte les horreurs faites par les policiers que personne n’agressait au départ : les tirs à balle réelle, les tabassages parfois avec des matraques hérissées de clous, les arrestations. Plus que tout il me raconte une scène ou un groupe d’insurgés se retrouve prisonnier et conduit en fourgon vers une prison. Pour parfaire l’humiliation, chacun avant de monter dans le camion était frappé à coups de matraque par deux policiers acclamés par les autres. Alors que le premier cortège de la journée se forme derrière nous et entame un tour de place, l’un d’entre eux s’écrit : ils devront tous payer, ce sont des criminels ! Je l’interroge : même les simples policiers ou seulement les officiers ? La discussion qui suit est vive : « chacun est responsable de ses actes, chacun sait ce qui est bien et ce qui est mal ». Un homme d’une quarantaine d’année réagi : « tu as fait l’armée ? Moi quand j’étais là-bas on m’a lessivé le cerveau, je n’étais pas responsable de ce que je faisais ». Un autre ajoute : « un militaire ne peut pas désobéir, sinon c’est lui qui est tué ». Le jeune maintient que chacun est responsable de ses actes, sinon, on ne peut pas vivre en société.
Jour 5
11h00 : Le téléphone GSM est rétabli. L’accès à la place Taharir par Talaat Harb est complètement dégagé ce matin. Les tanks de l’armée ont pris place tout autour de l’immense esplanade et on ne voit plus un seul policier. (video)
Les manifestants sont là, tous ont les yeux rougis à la fois par le manque de sommeil et les gaz reçus hier et cette nuit. De nombreux éclopés mais des gens heureux, persuadés qu’ils vont gagner. La foule est joyeuse et les slogans offensifs. Il fait très beau aujourd’hui et les slogans comme « l’armée avec le peuple ! » donnent à cette place un air printanier de révolution des œillets. La destruction de nombreux commissariats et les victoires contre cette police haïe par tous les égyptiens ont éloigné le spectre de la peur et les yeux brillent fort.
Scène inusitée au Caire : on voit des jeunes s’emparer de sacs plastiques ou de poubelles à roulettes et
entreprendre de nettoyer la place. « On veut montrer que nous n’avons pas cherché à nuire et que les voyous, ça n’est pas nous ! ». De nombreux témoignages confirment qu’hier soir tard, après le couvre-feu, les policiers ont fait sortir les droits-communs de prison (les baltaguiya) pendant que la radio annonçait la « descente » des jeunes de quartiers pauvres vers le centre, pour susciter davantage encore « de vocations ». De nombreux incendies de voitures, des pillages ont eu lieu dans la nuit, qui n’ont rien à voir avec les manifestants. La présence de l’armée semble avoir stoppé tout ça, mais nous allons vite apprendre que ce n’est pas le cas dans de nombreux quartiers.
Jour 4
13h00 fin de la prière
13h30 Un petit rassemblement d’une cinquantaine de personnes se forme rue Champollion. Des gens arrivent de Ramses par Maarouf ; nombreux sont ceux portent des masques filtrants médicaux, recyclés de l’épidémie de grippe porcine de l’an dernier. Le cortège, bon enfant, se dirige vers Talaat Harb.
13h35 D’autres groupes arrivent des petites rues environnantes. Le cortège grossit, mais il est coincé entre le barrage de police au Nord à l’intersection avec le 26 Juillet, et le barrage au Sud à l’entrée de la place Talaat Harb. Mille à deux mille personnes font ainsi plusieurs allers-retours pendant lesquels leurs rangs grossissent.
13h40 Tirs de grenades nourris devant l’Excelsior dans notre direction. Un véhicule blindé fonce dans Talaat Harb depuis le Nord et fend la foule en tirant des lacrymo. Horrifiés, les manifestants attrapent des barrières de sécurité et les balancent devant les roues du véhicule. Ils parviennent à le stopper en criant « selmiya, selmiya » (nous sommes pacifiques).
13h50 Un des manifestants s’énerve, ramasse un pavé et se rue vers le cordon de police. Les autres l’arrêtent le calment et lui font reposer son pavé. C’est la seule tentative d’agression de la part des manifestants que j’ai pu voir dans la journée.
14h00 Beaucoup de confusion sur Talaat Harb. Des groupes continuent d’arriver, mais il y a tellement de vapeurs lacrymogènes que tout le monde s’éparpille en toussant. Je rentre dans un des rares magasins de vêtements ouverts. Je commence à discuter avec le propriétaire : pourquoi n’a-t-il pas fermé comme les autres ? Il me répond d’un air désolé que son rideau de fer est cassé, et comme son magasin est entièrement vitré, il se sent obligé de rester pour éviter le pire. Mais il est d’accord avec les manifestants : « Trente ans que Mubarak est là, on n’en peut plus. Qu’il dégage (irhal) ! » Je lui fait écho en français « Dégage !», oui dit-il en riant, comme à Tunis.
Egypte : jour 3
Ce matin les journaux indépendants titrent largement sur les événements d’hier.
Al-Shurûq (en bas à droite de la photo) dénonce la “violence aveugle et la cruauté excessive des forces de sécurité en ce deuxième des jours de la colère”. L’expression en dit long sur la conviction partagée que nous n’en sommes qu’au début d’un mouvement qui ne s’arrêtera pas de sitôt. Le journal met à la Une la photo de la charge d’hier rue Ramses (vue de l’autre côté de la rue par rapport à mon film d’hier) et annonce quant à lui plus de mille arrestations, l’utilisation de balles en caoutchouc lors des poursuites de manifestants. Une remarque à propos des chiffres de 500 arrestations et de deux morts que reprennent les medias français : ce sont ceux de la police et personne n’est en mesure, à l’heure actuelle, de donner des chiffres précis étant donné le déroulement de ces manifestations : rassemblements, dissolutions, poursuites dans les petites rues, et ceci dans de nombreux quartiers et de nombreuses villes…. Lire la suite…
Egypte : jour 2
Malgré les interdictions, les menaces de répression, les fouilles, les dissolutions de rassemblement de plus de quatre personnes, les égyptiens ont réussi à se retrouver vers 16h, rue Ramses, devant la cour suprême de justice pour protester contre la censure, exiger la “fin du régime” et le départ du clan Mubarak.
A 16h20, la police a chargé, à coup de bâtons et de grenades explosives. Les manifestants dispersés un premier temps, ont reformé un cortège quelques minutes plus tard. Des rassemblements de soutien aux manifestants s’étaient formés devant le syndicat des journalistes, rue Sarwat à 14h puis celui des avocats, rue Ramsès, après la charge de la police.
La connexion internet devient très difficile. J’ajouterai des images dès que possible. Twitter est maintenant bloqué et la connexion sur le réseau Facebook est intermittente.
Le 15 janvier Tunis l’a fait, le 25 c’est Masr
Le Caire, 25/01, 19h : Ce n’est pas une, mais de nombreuses manifestations qui se déroulent en ce moment au Caire, impossible de les dénombrer. Malgré les interdits et les menaces diffusées depuis plusieurs jours, les mises en garde du pape Chenouda et celles d’al-Azhar, les égyptiens sont massivement descendus dans la rue aujourd’hui, crier leur volonté de changement.
Le cortège qui est parti de la rue Ramses, vers 15h au niveau de la rue Abd el Hameed Said n’avait rien de vraiment organisé. Les slogans s’inventaient visiblement sur place “Justice, justice !”, “Non à la pauvreté, non au chômage, non à la torture”, “Hosny, Gamal, c’est non !”, “Et un, et deux, c’est le peuple d’Égypte !” (allusion à la Tunisie) “Unité du peuple égyptien!” (en écho, sans doute, aux récents événements chrétiens/musulmans). Le cortège a réussi à forcer le cordon de policiers qui lui barrait l’accès à l’arrière de la place Tahareer (place de la Libération, point névralgique du centre ville).
video ici Lire la suite…
Qui a peur d’un monde arabe démocratique ?
La révolution tunisienne est une formidable aventure pour un peuple qui a connu tant d’années de plomb. Elle soulève d’immenses espoirs partout dans le monde et on peut dire qu’il y a consensus sur le fait qu’elle aura des effets.
Mais des nuances très nettes apparaissent dans les analyses produites par les responsables politiques et les medias. De l’espoir de changement au “danger de la contamination” (le Parisien) il y a quand même un saut sémantique important. Quant aux réactions de nos diplomaties occidentales, et plus particulièrement celles de la France, elles ont été tellement caricaturales que le premier impact de ces événements aura été la révélation au grand jour de leur logique.


